Juillet — octobre 2008

Tout ce qui n'était pas le pont

Le chantier du pont a duré dix jours. La mission, dix semaines. Voici ce qui s'est passé le reste du temps — et c'est souvent là que se joue l'essentiel.

La pépinière et la ferme

Le 29 juillet, à une trentaine de kilomètres de Fianarantsoa, dans le village natal du pasteur Paul, Gilles découvre une pépinière qu'il ne s'attendait pas à trouver là.

Je découvre en pleine nature qu'à partir d'un terrain acheté par Paul le pasteur et avec l'aide de Brice le missionnaire sud-africain une pépinière importante et d'une grande organisation.
Compte rendu du 28 juillet

Sous des abris de bambou et de paille, une équipe de cinq personnes remplit des pots de plastique avec un compost fabriqué sur place. D'autres y repiquent des plants : acacia, eucalyptus, mimosa. Une équipe de femmes descend chercher l'eau à la rivière, six cents mètres plus bas, en terrain pentu.

travail de titan, 25 personnes travaillent là ce qui donne de l'activité pour plusieurs familles en restant sur place.
Compte rendu du 28 juillet

Tous les plants sont donnés aux villageois pour reboiser. À côté, une ferme élève des poulets et des cochons, et compte une vache qui donne du lait. Le village est très pauvre — mais, dit Brice, « il y a sept ans c'était pire que cela ».

Quelques jours plus tard, dans un autre village sans eau ni électricité, les habitants demandent à Gilles d'étudier une adduction. Il dessine la solution : un petit barrage sur deux sources réunies, un kilomètre de tuyau posé par les villageois, deux bâches d'un mètre cube sur pieds de brique, deux robinets.

les femmes se sont amenées comme par le bouche à oreilles pour me serrer la main de joie, j'ai quand même dit que tout cela se fera si les sous sont trouvés et que cela risque de coûter cher.
Compte rendu du 28 juillet

Le projet n'a pas été financé cette année-là.

Les fournitures scolaires

Dès la première semaine, une ligne est mise de côté. Les prix ont augmenté ; l'estimation locale monte à deux cent cinquante ou trois cents euros, pour un budget de mission déjà tendu par le pont.

J'ai gardé des sous pour les fournitures scolaires gomme crayons il va falloir racler les fonds de tiroirs que c'est dur.
Compte rendu du 28 juillet
C'est chiant quand on manque de sous, je ne peux pas redemander aux gens qui ont déjà donné.
Compte rendu du 28 juillet

Cent cinquante euros seront finalement engagés, partagés entre les deux orphelinats de l'association et une école maternelle. C'est peu. C'est ce qu'il y avait.

Le panneau d'entrée du parc national de Ranomafana, au bord de la route

Une semaine de vacances

Du 26 août au 2 septembre, seize enfants de l'orphelinat de Fianarantsoa et trois adultes partent à Ranomafana, à soixante kilomètres. Le chargement du minibus prend une heure : matelas de mousse, nattes de roseau, casseroles, assiettes, seaux, sacs de vêtements, sacs de riz, pain.

Ils logent chez Armand et Saholy, un couple de cultivateur et de couturière : des cases de terre, une pour les filles, une pour les garçons, une cuisine, deux abris pour jouer et manger. Ni électricité, ni eau courante, mais une source.

La semaine se passe en bains dans la piscine thermale du village — l'eau est à trente-trois degrés —, en visite de l'arboretum et ses cent cinquante espèces d'arbres, en pêche collective dans un bassin de vase, en feux de camp.

J'ai passé une bonne partie de l'après-midi à jouer avec les petits entre 6 et 10 ans, assis sur les tapis de roseaux à raconter des histoires faire des dessins et ils ont chantés des chansons d'école dont beaucoup sont françaises.
Compte rendu du 25 août

Le chemin qui mène chez Armand grimpe à quarante-cinq degrés. Un soir, Gilles entend du bruit dehors :

nous entendons tous les garçons (les grands) parler très fort, ils sont déjà à tailler des marches dans le versant abrupte qui part d'en bas pour accéder jusque chez Armand et Saholy afin que je puisse descendre ou monter sans peine.
Compte rendu du 25 août

Le soir, deux enfants montent le café au lait à la bougie. Le dimanche, ils s'habillent « avec ce qu'ils avaient de plus beau » pour la messe que Paul dit en plein air. À table, ils sont vingt-deux.

nous mangerons tous les enfants par terre et nous six sur une table avec des bancs et une chaise pour moi, nous sommes 22 à table, pas question d'aller au restaurant avec tout ce monde là, le salaire du mois y passerait.
Compte rendu du 25 août

Tuléar, l'orphelinat menacé

Du 12 au 25 septembre, Gilles descend à Tuléar, à cinq cent vingt kilomètres au sud. Il y trouve une situation plus grave qu'à Fianarantsoa : la maison qui abrite les enfants est louée, et la propriétaire doit la reprendre.

ils vivent un drame qui s'amène avec comme échéance le 1er septembre 2009 […] à cette date la propriétaire de la maison récupère celle-ci et ils vont tous se retrouver à la rue, l'orphelinat va fermer.
Compte rendu du 8 septembre

Quatorze personnes vivent là, autour d'Armand et Harimino — « un papa et une maman », écrit Gilles. Certains enfants sont là depuis sept ans. Trois d'entre eux ont vécu quatre ans dans la rue.

Trois jeunes filles devant le bâtiment de l'orphelinat de Tuléar
2008Devant la maison louée, à Tuléar.
Gilles entouré de quatre enfants, un vélo posé contre le mur
2008« Tonton Gilles », comme l'appellent les enfants.

Un membre de l'église a cédé un terrain à Armand. Gilles va le voir, relève les cotes, et propose un montage : verser un loyer d'avance pour qu'Armand achète les matériaux et lance les travaux par étapes.

C'est la seule solution pour éviter que les enfants qui sont là, certains depuis 7 ans et qui ont connu la rue pour 3 d'entre eux pendant 4 ans y retournent […] 360 euros par an n'est pas une somme insurmontable à trouver.
Compte rendu du 8 septembre

Il assume l'arbitrage, et il le dit : l'école du village natal de Paul, qu'il approuve pourtant, attendra.

je ne laisserais pas tomber Armand et Harimino, j'aurais l'impression de les trahir. Il faut que l'on se mobilise pour eux même si c'est une goutte d'eau dans l'océan de la pauvreté.
Compte rendu du 22 septembre

C'est de cet appel qu'est né le premier orphelinat construit par l'association, ouvert en juin 2009 et inauguré un an plus tard. Voir les photographies du chantier de Tuléar.

Pendant ce séjour, Gilles apporte de Fianarantsoa un sac de choux, de carottes et de courgettes — les légumes sont chers dans le Sud —, installe un ordinateur d'occasion, et assiste à deux spectacles préparés par les enfants, avec Armand à la guitare.

c'est une famille dans la joie qui transpire de partout.
Compte rendu du 22 septembre

Quarante-cinq kilos de vêtements

Fin septembre, une Française, madame Claire, a collecté des vêtements avec d'autres personnes et les a fait parvenir à Tananarive. L'association n'a personne sur place : Tahina fait deux fois cinq cents kilomètres pour aller les chercher.

Le 1er octobre, la distribution a lieu dans une école maternelle du village natal de Paul. Quarante enfants de deux à six ans. Une grande table est dressée dans la classe, les vêtements rangés par taille et par sexe, les chaussures à côté. On appelle les enfants un par un, selon leur gabarit.

une petite fille était assise dans un coin, était en extase devant sa robe, elle était dans un autre monde que nous.
Compte rendu du 29 septembre

Il n'y en a pas pour tout le monde : certaines tailles manquent. La séance se termine par une distribution collective de bonbons.

Le même jour, un Malgache de passage demande à Miadana s'il n'aurait pas une paire de chaussettes à lui donner.

je lui ai donné une paire à moi et les siennes étaient des trous avec un peu de chaussette autour et il est reparti avec en prime un polo de marque !!! Il était heureux comme un gars qui vient de gagner le gros lot au loto.
Compte rendu du 29 septembre

Sur ces sources. Cette page reprend les douze chroniques hebdomadaires rédigées par Gilles entre le 21 juillet et le 6 octobre 2008, conservées dans les archives de l'association. Les citations sont données telles qu'il les a écrites.

L'effectif total des deux orphelinats n'est jamais donné dans ces textes : seize enfants partent en vacances depuis Fianarantsoa, quatorze personnes vivent dans la maison de Tuléar. Les montants engagés hors pont ne sont pas tous chiffrés.

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Trois cent soixante euros par an

C'est la somme qui a permis, en 2008, d'éviter que quatorze personnes se retrouvent à la rue. Les besoins d'aujourd'hui sont du même ordre.

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